Mue naît de l’idée de faire expérience, de s’affranchir de tout support, de tout outil scripteur, de tout guide, de toute pensée, pour s’ouvrir à un dialogue entre le corps et la présence de la matière qui l’entoure : le vent, le sable, l’eau, le ciel, la terre. Le corps se déplace, écrit, devient pinceau, plume… Alors le geste laisse sa trace, son empreinte… Mue initie ce qui fait faire l’expérience du devenir. La métamorphose que produit le devenir est engagée dans le cheminement qui de Mue se cristallisera dans Signs.

Pour s’engager dans le devenir-autre, la présence d’un autre objective dans ce cas ce devenir-autre par l’objectif photographique porteur de l’œil de l’autre. Le photographe se trouve entraîné dans un flux d’énergie par lequel les éléments communiquent entre eux, il devient lui-même mouvement. De cette manière il est possible que les regards se croisent sans que le mouvement ne se fige dans des postures. Peut-être de là, vient le sentiment que le photographe fait partie intégrante du processus. Sa mise en œuvre exige un sentiment de confiance et de volonté mêlées qui nous conduit ensemble dans une performance.

Ce n’est pas seulement jouer dont il est question mais accueillir le souffle et dans une «transe froide», une transe qui n’exclut pas la conscience, permettre à la trace intérieure d’exprimer.

 

 

   

Mue was born from the idea of experimenting, letting go of any media, any writing implement, any guide or thought, in order to simply open up to a dialogue between the body and the presence of the material around it: wind, water, sky, earth. The body moves, writes, becomes brush, quill… And the gesture leaves its trace, its imprint… Mue initiates what allows the experience of becoming. The metamorphosis of becoming begins in the progression, which from Mue will crystallize in Signs.

To engage in the process of becoming-other, the presence of another in this case objectifies the becoming-other through the photographic lens, that is, the eye of the other. The photographer finds himself drawn into a flow of energy through which the elements interrelate; he himself becomes movement. In this way, gazes can meet without the movement being fixed in postures. This is perhaps what gives the sense that the photographer is an integral part of the process. What he implements requires a feeling of a mix of trust and willingness that leads us, together, in a performance.

The aim is not only to perform but to receive the breath, and in a “cold trance”—a trance that does not exclude consciousness—to allow the inner trace to express.